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Retourner à l'index d'articles Le Point sur l’état du parachutisme sportif en 2007en général et en particulierpar André Lemaire, 2007Comme groupe, pouvons-nous nous permettre de voir autant de membres décrocher ?Comme je saute depuis plus de trente ans sans interruption, j’ai, je crois, une certaine perspective sur notre sport qui me permet d’en faire une analyse. Je voudrais parler ici des causes qui motivent les gens à adopter le parachutisme et aussi des raisons pour lesquelles ils le quittent après y avoir été très actifs pendant plusieurs années. Notre image de parachutiste est-elle transformée avec les nouveautés dans le sport ? MotivationLa motivation peut avoir de multiples facettes. Les gens sautent ou continuent à sauter pour : se sentir différents des autres, pour prendre des risques calculés et se sentir vivre à 100%, pour le bien-être ressenti après une journée de sauts, pour la camaraderie générée par l’appartenance à un groupe restreint, pour éprouver des sensations fortes, pour avoir l’attention des personnes de l’autre sexe quand on appartient au groupe du sexe minoritaire dans ce sport, pour la joie de vivre en plein air, pour le plaisir de travailler en 3 dimensions, pour se griser de vitesse, pour les « party » du samedi soir, pour l’aspect compétitif du sport, pour être avec les autres dans une activité « dangereuse » mais maîtrisée donc valorisante, pour épater le commun des mortels, pour avoir une auréole de courage aux yeux des autres, pour se prouver qu’on est capable, pour prouver aux autres qu’on est capable etc… J’ai connu pas mal de personnes qui quittaient le parachutisme après plusieurs années après qu’elles aient rencontré l’âme sœur et revenir au sport quand le conjoint avait pris le bord. D’autres le quittent après une blessure sérieuse et une fois bien rétablis ne veulent plus rien savoir. Je pense aussi que la majorité des gens qui quittent le parachutisme le font par manque d’encouragement de la part des sauteurs d’expérience qui jusqu’à un certain point délaissent les débutants. Ces personnes-là, sauteurs d’expérience ou débutants, avaient-elles au départ dans le sport une bonne motivation ? Ou alors, y a-t-il de bonnes et de moins bonnes motivations ? Ou même, est-ce que la motivation peut changer au fur et à mesure que les années passent ? Toute motivation pourrait sembler bonne si la personne en retire des avantages physiques et psychologiques et que toute la communauté en profite mais il me semble qu’il y a des motivations meilleures que d’autres dont je reparlerai plus tard. Tandem ! Amélioration, banalisation du sport ou machine à créer des vedettes instantanées ? J’ai vu les premiers sauts en tandem en 1984, le système Vector en ce temps-là n’avait pas encore d’extracteur-ralentisseur ou « drogue pilot chute ». De nos jours, le saut en tandem sert de plus en plus à former les étudiants en parachutisme dont la suite en est le programme assisté de chute libre (PAC). Je vois l’intérêt d’un centre de sauts d’utiliser ce système car l’étudiant est contrôlé de près (on ne peut plus près d’ailleurs). Je crois que pour certains étudiants, cette façon est probablement la meilleure quoique plusieurs facettes de ce genre de saut manquent à cette nouvelle approche : l’évaluation du point de sortie, la vérification de la bonne navigabilité du parachute, l’orientation et le circuit pour revenir à l’aire d’atterrissage, et les techniques d’atterrissages. Bien sûr, tout cela est montré par le maître-tandem mais l’étudiant reste passif ou alors il se fie à ce que l’autre lui dit quand il utilise les doubles-commandes. À l’opposé et par la suite, avec le PAC, l’étudiant est quasiment autonome après environ une dizaine de sauts au total. Le moins cher, reste à voir, à court terme ou à long terme ? Si notre clientèle disparaît à long ou à moyen terme, est-on vraiment plus efficace ? En 1997, j’avais fait des statistiques sur l’adhésion des membres de l’ACPS au Québec et j’avais ainsi montré que 73% des sauteurs en ce temps-là étaient membres de l’association depuis 3 ans ou moins. On pouvait alors se poser la question : est-ce qu’on retient assez nos membres? J’avais posé un jour à un camarade la question sur la nouvelle tendance des sauts en tandem et leur efficacité pour notre sport et il m’avait répondu que probablement les sauts en tandem avaient sauvé certains centres de sauts de la faillite. Si c’est vrai, alors c’est une bonne chose mais à long terme, est-ce que ce genre de sauts contribue à la rétention de nos membres ? J’ai rencontré des gens qui, après que je leur aie dit que j’étais parachutiste me disaient qu’ils l’étaient aussi. Après plus de détails, j’apprenais qu’ils avaient fait un seul saut en tandem. Ils me faisaient penser à certains qui viennent en avion avec moi et à qui je passe les commandes pour 5 à 10 minutes quand l’avion est bien stable et en vol horizontal et qui disent après à leurs amis qu’ils ont piloté un avion…Tout comme pour un saut en tandem, ces personnes ne deviennent-t-elles pas des vedettes instantanées auprès de leurs amis ? Je sais aussi que certains « touristes » qui font un saut en tandem, reviennent en faire un autre et s’inscrivent au programme PAC, mais sont-ils bien nombreux ? Je crois que c’est l’exception (je ne parle pas ici des centres qui font débuter leurs étudiants en tandem). Le port d’un dispositif de déclenchement automatique ou DDA ! Modernité, mode, béquille ou confort psychologique ?Et bien, après de nombreuses années dans le sport je me suis décidé de m’équiper d’un DDA, peut-être le poids de l’âge en est-il la cause ! Est-ce que j’ai jamais été contre le port d’un DAA ? Pas du tout, mais j’ai toujours été sceptique à l’idée que ça allait être la solution à tout. D’abord c’est un investissement assez lourd. Il faut penser à dépenser au moins 1500$ pour l’acquisition d’un DDA neuf, ce qui est le prix d’un équipement complet usagé moyen. Mais ma crainte avec l’usage des DDA c’est que certains l’utilisent en mettant en veilleuse certains aspects concernant la sécurité et particulièrement la maintenance de leur équipement. Un ancien gréeur bien connu dans l’Ouest des USA écrivait il y a plusieurs années dans le magazine SKYDIVING qu’il prévoyait que beaucoup de nouveaux sauteurs, en étant munis un DDA, auraient tendance à négliger de rester à jour avec leurs méthodes d’urgence et montreraient un certain laisser-aller avec la maintenance de leur équipement. Je peux confirmer que cela se passe effectivement. Cette tendance est d’ailleurs facilitée par la formation ultra-rapide des sauteurs qui se fait de nos jours alors qu’après le cours de PAC (une dizaine de sauts), à certains endroits, l’étudiant est presque laissé à lui-même. Pas de problème, il a un DDA !! Le DDA est en soit, comme le saut en tandem, une très bonne chose, mais il n’est pas la solution à tous les problèmes et peut même en créer. J’ai moi-même eu jusqu’à ce jour 2 déclenchements de mon DDA Vigil. La première fois, ce fut à Perris Valley en Californie où je me suis retrouvé à l’extérieur d’une formation à 40. J’ai dû effectuer une séparation horizontale avec 4 filles de la boucle à 5 où j’étais. En « trackant », j’ai également perdu de l’altitude par rapport aux filles plus légères. J’ai vérifié 3 fois mais elles étaient toujours là au-dessus de moi et finalement je me suis rendu assez bas et comme je venais juste de déclencher mon parachute principal, mon DDA a déclenché la réserve et je me suis retrouvé avec 2 parachutes en biplan. Je n’ai pas défait les freins de la réserve par contre j’avais déjà défait les freins du principal donc j’ai conduit doucement les 2 parachutes jusqu’à terre. En ce qui concerne mon DDA j’étais d’une certaine façon content car je savais qu’il fonctionnait comme prévu. Le 2ème déclenchement est arrivé dans le DC-9 encore au sol à Rantoul. Quelqu’un dans l’avion a trouvé qu’il faisait un peu chaud et le pilote a démarré l’air climatisé ce qui apparemment nécessitait la pressurisation de l’avion. J’ai vu mon altimètre descendre en bas de 1000 pieds alors que mon Vigil déclenchait avec 5 autres personnes en même temps. Fini pour l’instant le saut de DC-9, on a dû tous redescendre de l’avion. Mais les gens de Perris Valley, les propriétaires du DC-9, ont tout payé (le pliage de la réserve, la nouvelle guillotine) en s’excusant et le lendemain on a pu sauter de ce bel avion avec en prime un autre billet gratuit. Là encore ceux qui étaient équipés de Vigil n’étaient pas trop contents mais il a fallu admettre que le Vigil avait fait exactement ce qu’il devait faire. La pressurisation rapide de l’avion a donné le message à l’électronique du Vigil que la vitesse dépassait 35 m/s et bien sûr on était au sol donc plus bas que l’altitude normale de déclenchement, le Vigil a fait son travail. Pourquoi la même chose n’est-elle pas arrivée pour les gens équipés de Cypres ? Parce que le Cypres a besoin de monter à 1500 pieds pour être opérationnel tandis que le Vigil est prêt dès 150 pieds (positifs ou négatifs). On voit ici la différence dans l’approche des 2 manufacturiers. Si à 1200 pieds, il faut sortir en urgence de l’avion, le Vigil est prêt à déclencher, le Cypres ne l’est pas. On voit que c’est quasiment impossible d’avoir un DDA qui prévoit toutes les situations mais le Vigil II a un paramètre de plus qui empêche le déclenchement si une surpression équivalente à 253 MPH ou plus survient subitement. En ce qui concerne le DDA, tout dépend de l’état d’esprit avec lequel on s’en sert. Un vieux sauteur comme moi, avec un DDA ne va pas changer ses bonnes habitudes comme celle qui, à chaque printemps, consiste à se suspendre dans un harnais et de pratiquer les méthodes d’urgence avec une vraie chute sur un matelas. Il en va différemment des nouveaux sauteurs qui bien souvent n’ont qu’un séminaire sur la sécurité (quand ils y vont) au début de chaque saison. Il devrait y avoir des séminaires sur la sécurité plusieurs fois par saison. Mais comme les gens ont des DDA à quoi bon !! Dans cette optique le port du DDA donne un faux sentiment de sécurité. À certains parmi ceux qui ont leur équipement bien maintenu, et qui sont à jour dans l’application de leurs méthodes d’urgence, le DDA apporte une assurance de plus et tant mieux pour ceux dont c’est le cas. Les fondements des sports à haut risque comme le parachutisme, l’alpinisme, le voilier en haute mer … sont tels que ceux qui les pratiquent doivent avoir, un haut degré de connaissances techniques, de bonnes façons d’opérer, et utiliser de l’équipement confirmé et se garder à jour. Il me semble que le parachutisme tarde à continuer à rester dans cette approche. Les cours accélérés, les appareils DDA, les Tandem vont peut-être populariser le sport à un tel point que beaucoup vont vouloir essayer. Mais trop souvent, il faut bien entendu garantir de l’excitation maximum avec un minimum de temps investi pour former les débutants. Une bonne chose pour le commerce du parachutisme, une bonne chose pour populariser le sport mais peut-être une moins bonne chose pour la qualité moyenne de chacun des sauteurs. Est-ce que les gens qui sautent avec un haut niveau de connaissances et d’habiletés s’en trouvent démotivés en voyant tout un chacun sauter après une formation et un entraînement souvent aussi rapides qu’incomplets parfois? Peut-on perdre la motivation en étant témoin d’une banalisation de notre sport ? C’est pour cela qu’un suivi sérieux doit être maintenu après que le nouveau sauteur décroche son brevet Solo. Il suffit de regarder les grilles d’habiletés (fondamentale et récréative) de l’ACPS pour s’en convaincre. Le gros travail ne fait que commencer et le centre de parachutisme a un rôle primordial à jouer à ce moment pour la motivation et donc la rétention des nouveaux sauteurs. Le pliage et connaissances du système de parachute ! Par qui ? Par l’utilisateur ou par un plieur « professionnel » ?De plus en plus, le pliage du parachute par l’utilisateur est en perte de vitesse. Je suis bien content que le pliage soit devenu un préalable pour le brevet A. Au moins les gens qui possèdent un brevet A savent théoriquement plier. Mais connaissent-ils leur parachute ? Savent-ils faire une inspection et une maintenance préventives ? Ont-ils les connaissances techniques minimum pour évaluer la progression d’une composante du système de parachute qui est en voie de se dégrader ? C’est eux qui vont être suspendus à leur parachute qui lui est soumis à des forces très importantes, le savent-ils ? Connaissent-ils les techniques de démêlement du parachute ? Ils le savent si ceux qui ont signé leur endossement de pliage ont vu à ce que tous les préalables soient rencontrés. Qui a déjà regardé la grille d’évaluation de l’ACPS pour un cours de pliage ? Elle existe pourtant et je peux dire qu’il y a de l’ouvrage là-dedans. Le parachutiste, je le compare comme étant dans la même position qu’un marin sur son voilier en haute mer ou l’alpiniste accroché au milieu d’un pan de montagne. Aucun d’entre eux ne peut se permettre : de ne pas connaître son équipement, de ne pas maîtriser ses techniques et d’ignorer quoi faire en cas d’urgence. Tous ont besoin d’un haut degré de connaissances techniques et de savoir-faire qui est le résultat d’une formation et d’un entraînement poussé. Leur survie en dépend. Les documents de notre association sont une excellente source de connaissances et le respect des concepts et pratiques illustrés dans ces documents est un gage de succès (et de vie). Là encore, des séminaires devraient avoir lieu plusieurs fois dans la saison pour rappeler ou illustrer les techniques ou les connaissances sur l’équipement et les nouveaux problèmes rencontrés avec ceux-ci. Un exemple de problème original que j’ai lu dans un magazine est le suivant : Vous savez, la terminaison du câble de déclenchement de la réserve (câble et arrêt de câble) qui dépasse de la poignée en métal. Eh, bien lors d’un saut d’avion fait en Allemagne, il semble que pour un sauteur ce bout de câble (avec la petite sphère sertie à l’extrémité) se soit accroché à la structure de l’avion et ait causé un déclenchement de la réserve ce qui aurait pu se terminer en catastrophe. Le sauteur était sorti et accroché à l’avion mais tout contre, j’imagine qu’il était contre le bord vertical arrière de la porte. Un autre était déjà en position de flotteur derrière lui. Eh bien, je ne sais pas pourquoi (une vague intuition) mais ce bout de 2 ou 3 pouces de long terminé par la petite sphère d’acier écrasée, je le rangeais toujours dans la pochette de la poignée métallique. Il semble qu’il faut imaginer l’impensable quelque fois. Pensez-y ! Quoi faire pour que chacun se sente confortable dans un centre de parachutisme et veuille s’y tenir fréquemment ?Plusieurs articles ont déjà fait l’objet de ce point très important qu’est l’accueil des débutants ou même du public en général parmi lequel on va chercher nos futurs sauteurs d’ailleurs. Mais on n’en parlera jamais assez car ce point est la tâche de tous et de chacun. Parler à un débutant dans le sport, échanger avec lui sur ce qu’il ressent avant ou après le saut, est la meilleure garantie de croissance pour le parachutisme. Il faut bien qu’on en soit conscient. Nous pratiquons un sport technique mais notre sport est très fortement teinté de psychologie : confiance en soi, maîtrise de ses émotions, capacité d’aller contre ce que notre instinct nous dicte, confiance aux autres qui nous enseignent, confiance en un équipement et aux techniques utilisées, confiance dans la technologie moderne…C’est pourquoi un débutant a tant besoin de se faire dire que tout ce qu’il ressent est normal. Il a aussi besoin d’un appui psychologique et c’est justement là que notre rôle de sauteur d’expérience entre en jeu. Si tous les gens d’expérience sont pressés, ne s’arrêtent jamais, ou se contentent de discuter entre eux, ils viennent de faire caler le sport qu’ils adorent en négligeant d’utiliser un peu de leur temps pour aller au-devant des débutants. Si ces sauteurs d’expérience avaient la bonne motivation dans notre sport, alors pourquoi négligeraient-ils de prendre soin des facteurs de croissance de ce sport que sont les nouveaux arrivants. Quand on tient à une plante et qu’on veut qu’elle pousse, n’arrose-t-on pas ses racines ? Répondre aux questions du public, discuter avec un étudiant, sauter en VR avec des nouveaux brevetés B, expliquer le fonctionnement d’un équipement ou d’une technique aux nouveaux ou tout simplement discuter des problèmes de la vie avec eux sont autant d’occasions de faire en sorte que le débutant se sentira en confrérie et restera dans le sport en participant ainsi à sa croissance. Certains centres se sont dotés d’ailleurs d’un club social et montrent ainsi qu’ils ont compris les enjeux du maintien et de la croissance du sport. Mais sur le terrain, c’est facile de faire sa part, il suffit de regarder autour de soi et d’observer qui a l’air un peu à l’étroit ou timide et d’aller au devant de lui et de faire contact et de passer quelque temps avec cette personne. C’est incroyable ce que l’on peut apprendre d’une autre personne et cela dans les deux sens. Et surtout ne vous fiez pas aux apparences. Après un des mes sauts de démo, le 1er juillet à Ottawa, un citoyen de l’âge d’or s’est approché de moi et m’a demandé des explications sur mon parachute. J’ai eu, malgré l’énervement d’une démo, la bonne réaction de répondre à toutes ses questions et lui ait même montré des caractéristiques techniques sur le conteneur et le parachute. Après 5 minutes de conversation, la personne s’est présentée en me donnant une petite épinglette en guise de remerciement. Cette personne faisait partie du très célèbre Caterpillar Club ou club des gens qui ont eu la vie sauve en sautant d’un avion en panne ou en feu à l’aide d’un parachute. Ce monsieur avait sauté en parachute de son bombardier en feu, au-dessus de l’Allemagne, durant la dernière guerre. Dans le temps et dans le même ordre d’idée, j’ai eu l’occasion comme largueur de faire sauter Peter Lang député libéral de Kitchener Ontario au Fédéral à l’époque et son adjoint David Pratt qui est devenu plus tard le ministre de la défense nationale sous Jean Chrétien. Décidément, on ne sait jamais à qui on a à faire ou dans d’autre cas, certains débutants pas ordinaires du tout se présentent de façon complètement inattendue. Les plus nombreux sont, bien entendu, les débutants ordinaires et c’est sur eux qu’il faut se concentrer, ils sont notre avenir et notre survie comme sport. Dans les années 80 notre association possédait des bureaux dans les édifices de Sport Canada à Ottawa-Vanier. Nous étions alors un peu plus de 2000 membres. Quand l’adhésion est passée sous la barre des 2000 pour une 2ème année, nous avons perdu nos bureaux. Depuis cette époque, nous n’avons pas fait de véritable progrès car le nombre de membres s’est stabilisé aux alentours de 2000 allant de 1900 à 2400. L’importance d’une masse critique et le maintien d’une population malgré l’hiverLa masse critique est celle qu’il faut atteindre pour qu’un mécanisme ou groupe commence à être facile et efficace à maintenir et qui permet la progression. Notre association compte en moyenne pour les 3 dernières années environ 2300 membres. C’est très peu par rapport aux autres sports techniques comparables comme la plongée sous-marine, la planche à voile, le voilier, l’aviation générale…etc. Cela veut aussi dire que nous sommes très faibles vis-à-vis des gouvernements quand il s’agit de défendre nos intérêts de sauteurs. En guise de comparaison, il y a un peu plus de 70 000 pilotes au Canada dont 30 000 font partie du COPA (Canadian Owners and Pilots Association). Voilà des gens qui ont une masse critique et qui s’en servent pour faire des représentations auprès des gouvernements et faire valoir leurs requêtes. Nous les parachutistes, sommes loin de ce chiffre mais dans mes rêves les plus fous je penserais à 5000 et même 10 000 membres parachutistes. Là on commencerait à parler « affaire ». Pour ne citer qu’un problème que vous allez tout de suite reconnaître : le gouvernement canadien à fait en sorte que des procédures très rigoureuses et coûteuses soient suivies afin de pouvoir obtenir un certificat d’exploitation pour un avion de parachutistes. Nous n’avons pas eu trop à dire là-dessus tout simplement parce qu’on nous a peu consultés car à 2200 membres nous pesons très peu dans la balance. Les compagnies d’assurance ont eu le champ libre pour nous demander des très hauts prix pour assurer les avions des sauteurs et le marché de libre échange avec les USA a fait le reste. Le résultat en est qu’il est très rare que des gros avions immatriculés au Canada fassent leur apparition dans les boogies canadiens. Comme vous le savez, et c’est vrai d’un océan à l’autre, la plupart des boogies utilisent des Twin Otter, des Cessna Caravan et des King Air surtout enregistrés aux USA. Cependant dans le temps, j’ai sauté de Twin Otter et Caribou venant du Canada mais c’est quasiment impossible maintenant. Les coûts des assurances et des certificats d’exploitation semblent empêcher désormais ce genre de chose. Donc des compagnies américaines, importantes dans le service qu’elles offrent, fournissent les avions à la plupart des boogies canadiens. Le comble, c’est que le Twin Otter est un avion fabriqué au Canada. Commencez-vous à comprendre l’importance d’une masse critique ? Je suis sûr que si on avait été 10 000 membres les choses ne se seraient pas passées de la même façon. L'hiver canadienL’hiver canadien, ce fameux hiver qui peut durer de 5 à 6 mois, et bien il faut vivre avec. Dans les petits clubs et avant ces assurances et certificats d’exploitation coûteux, les centres ne fermaient pas l’hiver. Bien sûr ils étaient au ralenti mais ils continuaient à former des étudiants parachutistes et les faisaient sauter. La visite au centre était naturellement source de réunions sociales assez importantes même si on faisait moins de sauts. Fini ce temps-là quoique certains centres organisent encore des événements de parachutisme durant l’hiver. Mais le prix des assurances, le nombre moins élevé de sauteurs durant la mauvaise saison, ont fait que la plupart des chefs de centres maintenant mettent la clé dans la porte pendant les mois d’hiver. Et le cercle vicieux est commencé. Les centres sont fermés l’hiver donc les sauteurs vont dans le sud et les chefs de centres aussi d’ailleurs et les chefs qui pourraient ouvrir ne le font pas car les sauteurs sont partis au sud ou se sont habitués à faire d’autres activités durant l’hiver. Le parachutisme sportif et l’arméeComme plusieurs articles dans différents magazines l’ont illustré, nous devons énormément à l’armée. Les équipements de l’armée ont été quasiment les seuls disponibles pendant les années 50 et une partie des années 60 et ont contribué au lancement du parachutisme sportif. Dans les années 70 et par la suite, cela a radicalement changé et les équipements conçus par les civils se sont imposés avec plus d’innovations que jamais : les parachutes à tuyères de style Para Commander, le système de libération avec les 3 anneaux, le système tout dans le dos, les parachutes à cellules, le tissu à zéro porosité… et ça continue. À tel point que la situation s’est inversée et que maintenant ce sont les militaires qui adoptent les équipements civils adaptés bien sûr pour leur usage. Mieux que ça, on voit maintenant les militaires qui se fient aux civils pour recevoir leur formation de parachutistes dans des disciplines impliquant la chute libre prolongée par exemple. Mais le plus grand revirement c’est de voir que les militaires utilisent des avions civils pour s’entraîner. Je connais au moins 2 cas : les Skyhawks de l’armée canadienne s’entraînant à Trenton Ontario à bord d’un Twin Otter civil et immatriculé aux USA et les SEALS de l’armée des É-U utilisant eux aussi un Twin Otter civil à Skydive San Diego CA. J’avais un jour écrit une lettre au ministre des Forces armées canadiennes lui demandant de voir à la possibilité d’utiliser des avions de l’armée pour des événements spéciaux comme des compétitions et des records internationaux ou nationaux. On m’avait répondu de manière très abrupte en disant : que les Hercules canadiens étaient très occupés partout dans le monde (ce que je savais) et que l’armée n’avait pas l’habitude de concurrencer l’industrie privée. Je suis sceptique! Et les spectacles aériens que l’armée organise ou auxquels l’armée participe… ! Alors que des pays comme la Suède (à qui le Canada se compare souvent), la Belgique, la Thaïlande, Cuba, la République Dominicaine et probablement plusieurs autres fournissent leurs avions pour des événements spéciaux ce qui leur donne comme je l’avais dit dans ma lettre au ministre, une belle visibilité auprès du public et constitue aussi un bon entraînement pour les pilotes. Autre surprise de l’armée ici au Canada : les Hercules de la « Recherche et Sauvetage » laissent monter à bord les civils participants à cette organisation et comme ça s’est passé apparemment dans les maritimes, certains parachutistes civils ont pu sauter de ceux-ci, ce qui semble être l’exception. Pour le moins étonnant ! Je serais prêt à signer une décharge de responsabilité n’importe quand pour sauter d’un Hercule, Buffalo ou hélicoptère de l’armée lors d’événements spéciaux. Ici encore on peut voir qu’on ne fait pas le poids en manquant de masse critique. En été 2005, j’ai appris de bonne source que des militaires utilisaient au Canada un avion civil Casa immatriculé aux USA. Le Casa n’est pas un avion certifié pour faire sauter des civils au Canada mais pour les militaires il ne semble pas y avoir de problèmes. Encore de quoi être étonné! Il faut noter que ces militaires sautaient d’un Casa civil alors qu’il ne s’agissait pas de sauts pour opérations stratégiques, militairement parlant. Nouvelles disciplines et vidéoDans les 10 dernières années surtout, toute une panoplie de nouvelles disciplines apparurent en parachutisme. Quand j’ai commencé en 1973, il y avait la voltige, la précision et le travail relatif (mais pas encore séquentiel). Aujourd’hui en 2007, sont à la mode mais aussi certaines sont devenues des disciplines de la FAI : l’atterrissage en survitesse avec bassin (distance, précision et côté artistique), le Freefly, le Freestyle, le surfing avec planche, le vol plané avec combinaison de type Birdman, la VR10 de vitesse, le VR16…etc. Il y a aussi des sauts de fantaisie comme : M.Patate, le passage du cerceau, le saut avec radeau pneumatique ou dauphin gonflable…etc. Et bien sûr, avec l’avènement des caméras numériques miniatures, le saut de caméra. Pour ce dernier type de sauts, celui de caméra, il semble que presque tout le monde maintenant fait de la caméra. Autre façon d’avoir du plaisir que de filmer les autres en chute libre. Nous nous retrouvons avec des vidéographes instantanés par centaines. Certains sont sérieux et ont de plus payé très cher pour leur équipement, d’autres et ils sont les plus nombreux, sont un peu plus amateurs. J’ai vu des beaux vidéos mais j’en ai vus encore plus de moins bons. Les choses allant très vite, il semble que certains vidéographes aient oublié ou simplement ne savent pas que pour être bons dans cette discipline, il faut connaître la photographie (contre-jour, angle de prise, type d’objectifs, ouverture du diaphragme, vitesse d’exposition…) et bien sûr, être bons sauteurs pour être exactement où il faut au bon moment ce qui est plutôt assez rare. C’est sûr qu’il faut que ces nouveaux artistes-parachutistes aient de l’expérience et pour ce faire il faut qu’ils sautent mais quand même, les bases de la photographie et du travail relatif souvent manquent un peu. Espérons que cette grande diversification de disciplines et activités de chute libre comblent tous les parachutistes qui peuvent trouver une spécialité dans leur domaine d’intérêt. Mais on peut aussi remarquer que presque pour toutes les activités nommées, le travail relatif en est la base, et je trouve que plusieurs négligent cet aspect. Je me demande si le manque d’accueil de certains leaders en travail relatif ou si les groupes trop restreints qui sautent toujours ensemble ne sont pas responsables du fait que beaucoup de brevetés B se lancent quelques fois trop vite dans ces disciplines (alternatives) sans avoir des bases plus solides en travail relatif. Les relativeurs d’expérience devraient se faire un devoir de donner de leur temps aux débutants ce que d’ailleurs eux-mêmes ont reçu dans le passé d’autres personnes. Le parachutisme, les compétitions régionales et provinciales et les jeux olympiquesDe plus en plus on observe un déclin du nombre de compétiteurs dans les compétitions provinciales (quand elles existent encore) et nationales. Il semble que des sauteurs (la majorité) veulent s’amuser à leur propre rythme et aussi se soustraire aux comparaisons que sont les compétitions. Pourtant c’est le seul moyen de savoir ce que l’on vaut vraiment et comment aller plus loin encore en observant d’autres faire la même chose et mieux quelques fois. Cet état de choses ne fait pas progresser notre dossier aux jeux olympiques. Aux jeux de Séoul, le parachutisme avait été invité à faire des démonstrations de VR et de précision dans le stade lors de l’ouverture de ces jeux. Ces démonstrations avaient été on ne peut plus spectaculaires. Et on aurait pu espérer en voir plus dans les années suivantes. Et puis, plus grand chose jusqu’ici. Mais qu’est-ce que le parachutisme a donc bien pu faire pour déplaire au comité olympique international ? Le parachutisme sportif se pratique dans beaucoup de pays (tous les pays d’Europe ou presque, ceux d’Amérique du Nord, certains pays d’Amérique centrale et d’Amérique du sud, la Russie, l’Afrique du Sud, la Chine, le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande, la Thaïlande…) cela peut faire plus d’une trentaine de pays en tout. Qu’est-ce que le comité Olympique veut de plus ? Il pourrait essayer au moins la précision à l’atterrissage qui est très spectaculaire, le pilotage de voilure qui l’est encore d’avantage et même le VR4 et VR8 qui, avec la technologie moderne peuvent être retransmis, à partir du caméraman en chute libre, en direct et en temps réel. De plus les installations au sol requises pour cela sont relativement modestes soit un champ, un bassin d’eau, des matelas-cibles, des cibles électroniques…et de plus, on sait que le système de juges existe déjà. Mais qu’est-ce qu’on leur a fait au CIO alors que des sports beaucoup moins populaires et pratiqués par peu de monde y sont inscrits. Je crois que notre attitude comme sauteurs auprès du grand public pourrait améliorer le tout si chacun se comportait un peu plus comme un ambassadeur de notre sport en l’expliquant et en le commentant aux personnes qui nous visitent. J’en arrive à croire quelques fois que le parachutisme pourrait bien être le sport des mal aimés. ConclusionIl y aurait encore beaucoup à dire. Je n’ai pas parlé d’activités comme : la formation des débutants dans les centres, le « coaching » dans les boogies et dans les souffleries ni de ce qui se passe dans les compétitions et les échanges entre parachutistes comme le clavardage et le CanPara. Pour ces dernières choses qui sont des moyens de communication, je suis en faveur d’un moyen moderne et rapide de propagation de l’information et le seul digne de ce nom est bien sûr l’Internet. On ne s’en sert pas assez et j’espère que les volontaires qui ont à cœur de monter le site Internet de notre association vont être soutenus très fortement par tous et recevront les moyens et l’encouragement nécessaires pour qu’ils continuent à développer cet outil extraordinaire de communication qui malheureusement est encore actuellement sous-utilisé.
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